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Sahara marocain : Voilà la position officielle des 195 pays membres de l’ONU

Reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara, soutien au plan d’autonomie, neutralité ou reconnaissance de la RASD : où se situe réellement chacun des 195 États membres des Nations unies ? À partir de sa propre base documentaire, vérifiée pays par pays et régulièrement mise à jour, LeMaghrib publie l’état des lieux le plus complet de la diplomatie mondiale sur ce dossier.

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Nations unies

Il existe deux manières de suivre un dossier diplomatique. La première consiste à commenter l’actualité : sommets, visites d’État, petites phrases glissées en conférence de presse. Elle donne le tournis et ne dit, au fond, pas grand-chose. La seconde est plus austère, mais autrement plus fiable : lire ce que les États écrivent noir sur blanc dans leurs communiqués officiels. En diplomatie, aucun mot n’est choisi au hasard et la nuance entre deux formulations proches peut valoir des années de négociation.

Le dossier du Sahara marocain en est l’exemple parfait. Depuis un demi-siècle, aucun gouvernement de la planète n’a pu y échapper : chacun a dû, tôt ou tard, prendre position — ou choisir, tout aussi significativement, de ne pas le faire. Cette carte a longtemps paru figée. Elle ne l’est plus. LeMaghrib a constitué, vérifié et croisé une base documentaire couvrant les 195 États membres des Nations unies, à partir de déclarations officielles, de communiqués conjoints et de textes diplomatiques. Ce dossier en dresse une photographie instantanée à la date de sa rédaction qui est appelée à évoluer, comme la diplomatie elle-même.

Une dynamique qui s’est nettement accélérée depuis 2020

Pendant près de trente ans, le statu quo a prévalu : cessez-le-feu de 1991, mission de l’ONU (la MINURSO) censée organiser un référendum jamais tenu , Un référendum jamais tenu, l’Algérie et le Polisario ayant multiplié les manœuvres pour inscrire sur les listes électorales des Maliens, Tchadiens ou Mauritaniens et algériens sans aucun lien avec le territoire. une majorité d’États se sont réfugiés dans une prudence et une neutralité passive. Ce confort diplomatique a volé en éclats en l’espace de six ans.

Tout commence en décembre 2020, quand l’administration Trump reconnaît la souveraineté marocaine, en marge de la normalisation avec Israël. La séquence s’ouvre et plus rien ne viendra l’interrompre. L’Espagne suit en 2022, en pleine crise avec l’Algérie ; l’Allemagne s’aligne la même année ; la France franchit le pas en 2024-2025. Point d’orgue : le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité adopte la résolution 2797, portée par Washington. Pour la première fois, l’autonomie sous souveraineté marocaine devient la base privilégiée des négociations, et le mandat de la MINURSO est prorogé d’un an. Le texte est voté par onze membres, avec trois abstentions (Chine, Russie, Pakistan) et un boycott algérien.

Notre base documentaire objective ce mouvement : sur les 114 pays classés aujourd’hui dans les catégories « Reconnaît la marocanité » ou « Soutient le plan d’autonomie », une proportion notable a pris ou réaffirmé position au cours des trois dernières années, un rythme sans précédent depuis la proclamation du plan d’autonomie en 2007. Ce n’est pas seulement un basculement de chiffres : c’est un changement de doctrine à l’ONU elle-même, où le vocabulaire des résolutions s’est profondément transformé.

Quatre positions, quatre réalités juridiques et diplomatiques

Pour lire correctement ce classement, il faut d’abord se garder d’une confusion très répandue : toutes les positions favorables au Maroc ne se valent pas, et la neutralité n’est pas un non-choix.

Reconnaît la marocanité

C’est l’engagement le plus fort : l’État affirme explicitement que le Sahara relève de la souveraineté territoriale du Maroc. C’est la position des États-Unis depuis 2020, ou des monarchies du Golfe.

Soutient le plan d’autonomie

C’est un engagement politique fort, mais juridiquement distinct : l’État qualifie l’initiative marocaine de base « sérieuse », « crédible » ou « réaliste » pour résoudre le différend, sans nécessairement reconnaître la souveraineté territoriale elle-même. La France en offre l’illustration la plus fine : Paris a d’abord soutenu le plan d’autonomie pendant des années avant de franchir, en 2024-2025, le pas supplémentaire vers la reconnaissance de la marocanité, deux étapes bien distinctes dans le vocabulaire diplomatique.

Neutre

Loin d’être un non-choix, cette catégorie recouvre des réalités très différentes : le non-alignement actif et revendiqué de l’Inde, la prudence calculée d’une puissance qui ménage ses intérêts des deux côtés, comme la Chine ou la Russie, ou le silence diplomatique d’États qui n’ont simplement jamais eu à se positionner formellement. Derrière une même étiquette se cachent donc des logiques diplomatiques très différentes, parfois opposées : la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Italie ne sont pas neutres pour les mêmes raisons.

Reconnaît la RASD

Seule catégorie qui reconnaît, à l’inverse, l’existence d’un État distinct du Maroc : la République arabe sahraouie démocratique, proclamée par le Front Polisario en 1976. Elle rassemble aujourd’hui un noyau de 30 États, emmenés par l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Mexique et Cuba. C’est la catégorie la plus susceptible d’évoluer à moyen terme et fond comme neige au soleil, il y a 20 ans cette liste comprenait 84 états.

Les 56 États qui reconnaissent la marocanité du Sahara

C’est la catégorie du plus haut degré d’engagement diplomatique. Elle est tirée par un poids lourd les États-Unis, dont la reconnaissance de décembre 2020 a servi de déclencheur à la séquence actuelle et par un bloc arabe quasi unanime : Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, Jordanie, dans le sillage d’une Ligue arabe qui a formellement adopté la carte du Maroc intégrant le Sahara. En Afrique subsaharienne, un ensemble dense d’États francophones et lusophones (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-Principe) a suivi, souvent via l’ouverture d’un consulat à Laâyoune ou Dakhla un acte diplomatique fort, puisqu’il suppose une reconnaissance de facto de l’administration marocaine sur le terrain. La France, en 2024-2025, est devenue le seul pays d’Europe occidentale à franchir ce cap jusqu’ici réservé aux États-Unis et au monde arabo-africain.

ContinentPays
AfriqueBurkina Faso, Burundi, Bénin, Cap-Vert, Centrafrique, Comores, Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Djibouti, Eswatini, Gabon, Gambie, Guinée, Guinée équatoriale, Guinée-Bissau, Libéria, Malawi, Sao Tomé-et-Principe, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Sud, Sénégal, Tchad, Togo, Zambie
Amérique du NordDominique, El Salvador, Grenade, Guatemala, Haïti, République dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, États-Unis
Amérique du SudParaguay, Suriname
AsieArabie saoudite, Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunéi, Cambodge, Iraq, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Liban, Maldives, Oman, Palestine, Philippines, Qatar, Yémen, Émirats arabes unis
EuropeFrance
OcéaniePalaos

Les 58 États qui soutiennent le plan d’autonomie

C’est la catégorie la plus fournie, et la plus révélatrice du basculement européen : l’Espagne (ancienne puissance administrante du territoire), l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Portugal, les Pays-Bas et une majorité d’États membres de l’Union européenne y figurent désormais, aux côtés du Canada et du Japon, ralliés en 2025 et 2026. Le Royaume-Uni a confirmé cette ligne en votant la résolution 2797 au Conseil de sécurité sans pour autant reconnaître formellement la souveraineté territoriale, la nuance qui définit toute cette catégorie. À l’échelle de l’Union européenne, le tableau reste toutefois hétérogène : l’institution elle-même conserve, en tant que telle, une position plus prudente même si une majorité de ses États membres a désormais basculé à titre national.

ContinentPays
AfriqueGhana, Kenya, Madagascar, Mali, Niger, Seychelles
Amérique du NordAntigua-et-Barbuda, Barbade, Canada, Costa Rica, Panama
Amérique du SudBolivie, Chili, Équateur
AsieArménie, Corée du Sud, Japon, Koweït, Singapour, Turkménistan
EuropeAlbanie, Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Grèce, Hongrie, Luxembourg, Macédoine du Nord, Malte, Moldavie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suisse, Suède, Tchéquie, Ukraine
OcéanieKiribati, Nauru, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Samoa, Tonga, Tuvalu, Vanuatu, États fédérés de Micronésie, Îles Marshall

Les 51 États en position de neutralité

Cette catégorie mérite d’être lue au cas par cas, tant les logiques y sont hétérogènes. La Chine et la Russie, les deux poids lourds de ce groupe, ont toutes deux choisi l’abstention lors du vote de la résolution 2797. Un choix qui sonne comme un désaveu cinglant pour l’Algérie, qui avait tout tenté jusqu’au jour du vote pour obtenir l’un des deux veto. Mais un veto aurait été politiquement coûteux pour Pékin comme pour Moscou : la realpolitik l’emporte toujours à la fin. Les deux puissances ont ménagé la chèvre et le chou, s’abstenant d’opposer leur veto pour préserver leurs intérêts avec le Maroc, tout en émettant des réserves sur la méthode de rédaction du texte plutôt que sur son contenu pour éviter à l’Algérie une humiliation plus grande. L’Inde maintient une réserve plus ancienne et plus doctrinale, cohérente avec sa tradition de non-alignement sur les conflits territoriaux tiers. En Europe, l’Italie et l’Irlande illustrent une neutralité plus institutionnelle, calquée sur le cadre onusien plutôt que sur un choix nettement tranché. Le Brésil, lui, occupe une position d’observateur prudent au sein d’une Amérique latine par ailleurs largement acquise au Maroc.

ContinentPays
AfriqueCameroun, Congo (République du), Soudan, Tunisie, Égypte, Érythrée
Amérique du NordBahamas, Honduras, Jamaïque
Amérique du SudArgentine, Brésil, Guyana, Pérou
AsieAfghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Chine, Géorgie, Inde, Indonésie, Kirghizistan, Malaisie, Mongolie, Myanmar, Népal, Ouzbékistan, Pakistan, Sri Lanka, Tadjikistan, Taïwan, Thaïlande, Turquie
EuropeAndorre, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Monaco, Monténégro, Norvège, Russie, Saint-Marin, Vatican
OcéanieAustralie, Fidji, Nouvelle-Zélande, Îles Salomon

Les 30 États qui reconnaissent la RASD

C’est la catégorie qui porte, à l’inverse, la contestation de la position marocaine. L’Algérie, voisin et parrain historique du Front Polisario depuis 1979, et l’Afrique du Sud, dont le soutien remonte à l’ère post-Mandela, qui n’a lui-même jamais reconnu ni soutenu le Polisario. En 1999, quand Mandela a quitté le pouvoir, l’Afrique du Sud ne reconnaissait pas le Polisario ; les pétrodollars algériens ayant su convaincre son successeur, Thabo Mbeki, de changer la position historique de l’Afrique du Sud en 2004. Elles sont rejointes par un bloc d’Afrique australe et de l’Est particulièrement dense, Namibie, Zimbabwe, Mozambique, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie, hérité des solidarités tissées au sein de l’ex-Organisation de l’unité africaine et de la SADC. En Amérique latine, le Mexique, la Colombie et le Venezuela complètent ce noyau, aux côtés d’un groupe restreint de pays d’Asie (Corée du Nord, Viêt Nam, Laos, Syrie, Iran) unis moins par une lecture commune du dossier saharien que par une histoire diplomatique partagée avec Alger. Cette catégorie s’est réduite au fil des décennies d’environ 84 reconnaissances historiques à 30 aujourd’hui ; plusieurs pays pourraient changer de position à tout moment, la Syrie, le Nigeria, l’Éthiopie entre autres, chacun pour des raisons différentes.

ContinentPays
AfriqueAfrique du Sud, Algérie, Angola, Botswana, Lesotho, Libye, Maurice, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Tanzanie, Zimbabwe, Éthiopie
Amérique du NordBelize, Cuba, Mexique, Nicaragua, Trinité-et-Tobago
Amérique du SudColombie, Uruguay, Venezuela
AsieCorée du Nord, Iran, Laos, Syrie, Timor oriental, Viêt Nam

Un Trend plus que favorable au Maroc

Pris dans son ensemble, ce classement raconte une victoire diplomatique sourcée et quantifiée, les chiffres ne mentent jamais et le rapport de force penche nettement en faveur du Maroc. Le basculement est réel et documenté : depuis 2020, la majorité des grandes puissances occidentales et du monde arabe a rallié, à des degrés divers, la position marocaine. Il confirme aussi que ce basculement n’est pas encore achevé. L’ONU continue officiellement de classer le Sahara occidental parmi les territoires non autonomes dont la décolonisation reste inachevée ; l’Union européenne, en tant qu’institution, maintient cette lecture prudente ; et il reste un noyau de trente États, emmené par l’Algérie et l’Afrique du Sud, qui continue de porter une lecture radicalement différente du dossier, mais dont le nombre est en constante baisse.

C’est précisément cette complexité que ce dossier documente : une position diplomatique se lit, elle ne se plaide pas. Les positions recensées ici ne sont pas figées, plusieurs pays ont changé de catégorie plus d’une fois en quelques années, et parfois la même année, et rien n’indique que le mouvement observé depuis 2020 soit arrivé à son terme. C’est pour cette raison que LeMaghrib a fait le choix d’une base documentaire vivante, vérifiée à la source et mise à jour à chaque évolution officielle plutôt que figée à la date de cette publication.

Note de la rédaction

Les positions présentées dans ce dossier sont issues de la base documentaire de LeMaghrib, élaborée à partir de communiqués gouvernementaux, de déclarations officielles, de documents diplomatiques et de sources institutionnelles primaires. Chaque pays est classé selon la position officielle la plus récente recensée à son sujet à la date de la rédaction de l’article. Cette base fait l’objet d’une actualisation continue ; toute erreur signalée par un lecteur fera l’objet d’une vérification croisée avant correction.