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Nasser Larguet, le Game changer du football marocain
Lorsque les Lions de l’Atlas atteignent les demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar, le monde entier découvre un football marocain ambitieux, discipliné et capable de rivaliser avec les plus grandes nations. Derrière cette réussite historique, les projecteurs se braquent naturellement sur Walid Regragui, Achraf Hakimi, Yassine Bounou ou Sofyan Amrabat. Pourtant, cette génération n’est pas née par hasard. Bien avant les victoires, d’autres ont préparé le terrain. Parmi eux, un homme revient systématiquement dans les témoignages des éducateurs, des dirigeants et des anciens joueurs : Nasser Larguet.

Un bâtisseur loin des projecteurs
Le football ne se construit pas uniquement sur les bancs de touche des grandes compétitions. Il se bâtit dans les centres de formation, sur les terrains d’entraînement, au contact des jeunes joueurs et parfois loin des caméras. C’est précisément dans cet univers que Nasser Larguet s’est imposé comme l’un des artisans du renouveau du football marocain.
Né à Casablanca, il quitte très jeune le Maroc pour poursuivre ses études et sa carrière en France. Plutôt que de rechercher la lumière en tant qu’entraîneur vedette, il choisit la voie de la formation. Pendant plusieurs décennies, il travaille au sein de la Direction technique nationale française, forme des éducateurs, dirige des centres de formation et acquiert une réputation de pédagogue exigeant, convaincu que le talent ne suffit jamais sans méthode ni discipline.
Le pari de la Fédération marocaine
Lorsque la Fédération Royale Marocaine de Football décide de repenser en profondeur son modèle de formation, son profil apparaît comme une évidence. Le Maroc ne cherche pas simplement un entraîneur capable de gagner quelques matchs ; il cherche un bâtisseur capable de poser les fondations d’un projet appelé à durer.
L’une des pierres angulaires de cette stratégie est l’Académie Mohammed VI de football. Inaugurée avec l’ambition de hisser la formation marocaine aux standards internationaux, elle ne se limite pas à enseigner les gestes techniques. Les jeunes y suivent un parcours complet où les études, la préparation physique, la nutrition, le suivi médical et l’accompagnement psychologique occupent une place aussi importante que le ballon.
Sous l’impulsion de responsables comme Nasser Larguet, la philosophie change profondément. L’objectif n’est plus seulement de former de bons joueurs, mais de préparer des professionnels capables d’évoluer dans les plus grands championnats européens.
Cette approche marque une rupture avec les méthodes du passé. Pendant longtemps, le football marocain a vécu au rythme des générations spontanées, laissant émerger des talents exceptionnels sans toujours disposer d’un système capable de les accompagner jusqu’au plus haut niveau. Désormais, la logique s’inverse : le talent reste indispensable, mais il s’inscrit dans un environnement structuré où chaque détail compte.

La chasse discrète aux talents de la diaspora
L’une des contributions les plus importantes de Nasser Larguet concerne également la détection des jeunes talents. Le Maroc comprend très tôt que des milliers de joueurs d’origine marocaine grandissent dans les centres de formation français, belges, néerlandais ou espagnols. Plutôt que d’attendre qu’ils choisissent un jour les Lions de l’Atlas, la Fédération met progressivement en place un travail de proximité avec les familles, les clubs et les éducateurs.
Cette stratégie ne consiste pas seulement à convaincre des binationaux de porter le maillot marocain. Elle vise aussi à créer un lien durable avec les jeunes générations, à leur faire découvrir les infrastructures du Royaume et à leur montrer qu’un véritable projet sportif existe désormais au Maroc.
Au fil des années, cette politique contribue à renforcer considérablement le vivier de la sélection nationale. Plusieurs internationaux actuels, qu’ils aient été formés au Maroc ou en Europe, évoluent dans un environnement pensé pour tirer le meilleur de chaque profil.
Une culture de l’exigence
Mais l’héritage de Nasser Larguet dépasse largement la détection ou la formation technique. Ceux qui ont travaillé à ses côtés évoquent régulièrement son obsession de la rigueur et de l’exigence.
Ponctualité, discipline, respect des consignes, travail quotidien : autant de principes qui peuvent sembler anodins mais qui, accumulés sur plusieurs années, finissent par transformer une génération entière.
Cette culture de l’exigence a progressivement remplacé une certaine fatalité qui entourait parfois le football marocain. Participer ne suffisait plus ; il fallait viser la victoire. La progression des sélections de jeunes, les performances des clubs marocains sur la scène africaine puis l’épopée historique des Lions de l’Atlas au Qatar illustrent cette évolution des mentalités.
Une réussite collective
Bien sûr, attribuer cette réussite à un seul homme serait injuste. Le renouveau du football marocain est le résultat d’un travail collectif associant la Fédération, les entraîneurs, les clubs, les académies, les dirigeants et des centaines d’éducateurs. Fouzi Lekjaa a impulsé une stratégie ambitieuse, Walid Regragui a su transformer un groupe de joueurs talentueux en équipe conquérante, et de nombreux techniciens ont contribué à cette dynamique.
Mais toute grande transformation a besoin de bâtisseurs. Des hommes qui acceptent de travailler loin des projecteurs, sans attendre les applaudissements du public. Nasser Larguet appartient à cette catégorie.
Un héritage qui dépasse le terrain
Aujourd’hui, alors que le Maroc s’apprête à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations et coorganiser la Coupe du monde 2030, son parcours rappelle une vérité souvent oubliée dans le sport de haut niveau : les trophées se gagnent sur le terrain, mais ils se préparent parfois dix ou quinze ans plus tôt, dans le silence des centres de formation.
C’est peut-être là que réside la plus grande réussite de Nasser Larguet. Avoir contribué à faire du football marocain non plus un pays capable de révéler ponctuellement des talents, mais une nation capable de les former, de les accompagner et de nourrir l’ambition de rivaliser durablement avec les meilleures équipes du monde.

