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À quoi servent les législatives puisque le pouvoir est détenu par les technocrates?

Le 23 septembre 2026, les Marocains seront appelés aux urnes pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Meetings, affiches, professions de foi, et le folklore habituel des notables locaux : la mécanique électorale va tourner à plein régime pendant deux semaines de campagne. Et pourtant, à y regarder de près, cette agitation concerne un périmètre de pouvoir de plus en plus restreint. Pendant que les partis se disputent des sièges, les dossiers qui déterminent réellement la trajectoire du pays, l’économie stratégique, les grandes entreprises publiques, les statistiques nationales, l’éducation, la diplomatie, le ministère de l’intérieur sont pilotés par des personnalités qui ne sont jamais présenté devant un électeur

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Chakib Benmoussa, le couteau suisse marocain

Chakib Benmoussa est né à Fès en 1958. Ingénieur de l’École Polytechnique de Paris, de l’École Nationale des Ponts et Chaussées, titulaire d’un Master of Science du MIT. Voici, dans l’ordre, les postes qu’il a occupés :

  • 1985-1995 : directeur de la Planification puis directeur des Routes et de la Circulation Routière au ministère de l’Équipement.
  • 1995-1998 : Secrétaire général du département du Premier ministre, sous Abdellatif Filali puis Abderrahmane Youssoufi.
  • 1998-2000 : président-délégué de Sonasid (sidérurgie), président de Tanger Free Zone.
  • 2000-2002 : membre du comité exécutif du groupe ONA, administrateur directeur général des Brasseries du Maroc.
  • 2002-2010 : Secrétaire Général du ministère de l’Intérieur, puis ministre de l’Intérieur.
  • 2011 : président du Conseil Économique et Social.
  • 2019-2021 : président de la Commission spéciale sur le Modèle de Développement.
  • 2013-2021 : ambassadeur du Royaume du Maroc en France et à Monaco.
  • 2021-2024 : ministre de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et des Sports.
  • Depuis octobre 2024 : Haut-Commissaire au Plan, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui.

Dix fonctions en quarante ans. De La sidérurgie et l’acier au brassage de la bière, l’intérieur et la sécurité du royaume à la diplomatie à Paris, de l’école marocaine et les programmes pédagogiques aux statistiques nationales en ayant au passage rédigé la feuille de route pour les gouvernements à venir au conseil économique et social.

Ce monsieur, qui est certainement une personne très brillante est supposé être le meilleur expert au Maroc dans tous ces domaines. Difficile de trouver un lien entre le brassage de la bière, la lutte antiterroriste et la généralisation du préscolaire au Maroc mais bon… La question n’est pas de savoir s’il les mérite. La question est de savoir ce que dit ce genre de trajectoire et il est loin d’être un cas isolé, il est l’exemple le plus lisible d’un mode de gouvernance bien plus large sur l’endroit où se trouve, réellement, le pouvoir au Maroc et le premier critère de ces nominations : la confiance.

 On préfère faire du recyclage voir garder les mêmes têtes, son prédécesseur au HCP Ahmed Lahlimi a pris sa retraite a t 86 ans, Abdellatif Jouahri l’inamovible wali de Bank AL Maghrib à 87 ans et la liste est longue. Des technocrates inamovibles qui détiennent les vrais leviers du pouvoir, les cordons de la bourse du royaume et qui dictent et dicteront les politiques à exécuter à tout gouvernement quelque soit sa couleur politique. Et dire que certains marocains passent leur temps sur les réseaux sociaux à se moquer de l’âge de Tebboune et Chengriha…

Ce que le vote décide, et ce qu’il ne décide pas

Les élections du 23 septembre ne sont pas un simulacre vide de sens. La Chambre des représentants vote les lois et le budget de l’État. Le gouvernement est constitutionnellement formé autour du parti arrivé en tête. Ce pouvoir-là existe, mais pour exécuter ce que les technocrates ont décidé pour lui.

Les grandes entreprises publiques qui structurent l’économie du pays, les autorités de régulation, les institutions qui produisent les données sur lesquelles se fondent toutes les politiques publiques, la diplomatie de haut niveau, la sécurité du pays, sa défense : rien de tout cela ne dépend du scrutin de septembre. Ces postes sont occupés par nomination, pas par élection et ce sont précisément eux qui pèsent le plus lourd sur la trajectoire réelle du pays. Le vote choisit qui débat au Parlement. Il ne choisit pas qui dirige l’OCP, qui pilote le Haut-Commissariat au Plan, ni qui négocie les grands accords économiques, diplomatiques, militaires du royaume. Est-ce une mauvaise nouvelle? pas tant que çà, les marocains faute de mieux et devant le vide sidéral de la classe politique préfèrent une gestion des dossiers stratégiques du pays par le palais royal gage de continuité, de stabilité et de vision à long terme basée sur des données et une expérience cumulée qui a fait ses preuves depuis des siècles.

Recherche programme électoral désespérément

Les partis qui vont se disputer les suffrages le 23 septembre n’ont à deux mois du scrutin présenté ni programme chiffré, ni analyse sérieuse des grands dossiers du pays. Personne ne parle de ses solutions pour le chômage, le déficit public, la dette, l’agriculture, la santé, l’enseignement, le stress hydrique, le logement, A deux mois des législatives c’est la bataille des égos, des rumeurs, des petites phrases, comment caser son fils, sa nièce ou sa maitresse dans les listes, et pas l’ombre du début d’un programme qu’on devrait être en train de chiffrer, ni des cadres compétents pour les mettre en œuvre s’ils accédaient au pouvoir. Les professions de foi se ressemblent d’un scrutin à l’autre, recyclent les mêmes formules, et s’effacent aussitôt l’élection passée sans qu’aucun bilan chiffré ne vienne jamais sanctionner l’écart entre la promesse et l’exécution.

Une opposition qui a du mal à s’opposer

La gauche, qui est complètement à l’ouest va promettre « une justice sociale » pour redistribuer des richesses virtuelles sans jamais dire comment elle va les produire, les islamistes et leur sénile de secrétaire général, qui ont passé 5 ans à manifester pour une cause certes humainement noble mais de là à faire de la cause palestinienne un programme électoral pour gouverner le Maroc et résoudre ses problèmes on n’est plus très loin des portes de l’asile psychiatrique. Les lampistes vivent hors-sols et pensent gagner en misant sur leur supposée vertu comme en 2011, votez pour nous, on est des gens bien la preuve on fait salat Alfajr à l’aube et tout ira bien pour vous, in cha Allah…

On reprend les mêmes et on recommence

les partis au pouvoir, RNI, PAM, Istiqlal vont dégainer leurs notables locaux à coup de milliards pour faire élire des frakchias qui au bout de 5 ans au parlement ne savent toujours pas faire la différence entre un décret ministériel et une proposition de loi et qui se vantent d’avoir une fois en cinq ans posé une question à un ministre en lisant péniblement la question rédigée par un neveu professeur d’arabe. Les scandales, les élus actuellement en prison, les ministres actuels pris la main dans le sac, les trafiquants de drogue, les milliards des moutons de l’Aïd qui se sont évaporés, les conflits d’intérêt tout ça c’est fini, la preuve, nous avons tout changé, pour garder exactement les mêmes…

Einstein disait que la folie c‘est de refaire exactement la même chose et de s’attendre à des résultats diffèrent, et c’est exactement ce qui va arriver en gardant les mêmes partis, les mêmes têtes et le même vocabulaire. Les chiffres, quand on va les chercher, ne font que confirmer ce que le terrain donne à voir depuis des années. Entre 1970 et 2021, le nombre d’électeurs inscrits a presque triplé et le taux de participation a perdu près de trente-cinq points sur la même période. En 2021, sur 25,23 millions de Marocains en âge de voter, seuls 8,8 millions ont glissé un bulletin dans l’urne, malgré un taux officiel présenté comme honorable à 50,35%. Le fossé entre le corps électoral disponible et le corps électoral mobilisé n’a cessé de se creuser depuis un demi-siècle.

L’abstention, verdict plutôt que renoncement

Le 23 septembre 2026 verra une abstention massive, et je ne serai pas surpris qu’elle batte des records. Ce n’est pas de la résignation citoyenne. C’est un jugement, le véritable résultat du vote est le taux d’abstention. Les Marocains ne boudent pas les urnes parce qu’ils seraient dépolitisés ils le font parce qu’ils ont compris, avec une lucidité que les partis eux-mêmes refusent d’admettre, que le bulletin de vote ne pèse plus sur les décisions qui comptent vraiment. Pourquoi se déplacer pour élire des candidats sans programme, sans compétence reconnue, et sans les leviers réels pour changer quoi que ce soit à la trajectoire du pays ?

le problème ne sont pas les technocrates eux-mêmes, ni leur expertise. Un pays a besoin de compétences pour diriger une compagnie ferroviaire ou produire des statistiques fiables. Le problème du Maroc est le non renouvellement de ces technocrates, des postes à vie, les mêmes noms de famille, les mêmes écoles de Paris, se privant ainsi de compétences qui ont fait leurs preuves au Maroc et à l’international mais qui n’ont pas le bon pedigree. La question posée ici est différente : pourquoi maintenir la fiction d’un affrontement électoral décisif, avec toute la mobilisation, les moyens et le calendrier institutionnel que cela suppose, quand chacun sait, au fond, que les leviers qui façonnent réellement l’avenir du Maroc se décident ailleurs ? Tant que cette question restera sans réponse, le 23 septembre ne sera qu’un rendez-vous de plus entre le pays réel et une classe de frakchias politiques tout droit sortis d’une chanson de Jacques Brel, qui font leur p’tites affaires, avec leur petit manteau, avec leur petit chapeau, qui voudraient bien avoir l’air, mais qui n’ont pas l’air du tout…